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Un jeune homme très bien...

20 juil.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 sept.

Série Leadership Africain


On vous demande de nommer quelqu’un à un poste que, justement, vous cherchez à pourvoir ; l’homme est présentable, recommandé, mais dépourvu des compétences recherchées. Ce n’est pas votre protecteur qui appelle : c’est plus haut. Que faire d’une faveur taillée à l’exacte mesure de votre besoin ?


Depuis quatre mois, vous cherchez un directeur commercial. Vous avez reçu des dossiers, reçu des candidats, hésité ; et vous avez, sous votre propre toit, un adjoint — nommons la fonction, non l’homme — qui tient la chose à bout de bras depuis le départ du précédent, sans titre et sans prime, et que vous étiez sur le point de nommer. Le poste est vacant pour de bon ; vous alliez le combler. Retenez ce détail : tout se joue en lui.


L’appel vient à vingt-deux heures. La voix est cordiale, sans hâte ; on prend des nouvelles de votre père, on rappelle un repas partagé. Puis, légèrement, à la fin, comme en passant : un jeune homme, très bien, qui cherche une place. Le curriculum arrive le lendemain matin, par messagerie. Il n’a rien d’absurde : une bonne école, quelques années quelque part, de la tenue ; il ferait bonne figure à côté de vous, un jour de signature. Il ferait, comme on dit, l’affaire.


Le neveu qu’on vous impose pour un poste sans existence, vous l’auriez refusé sans y perdre une nuit. Mais ici le poste existe, et vous le cherchiez ; la faveur porte le visage exact de votre besoin. Voilà tout le danger : vous pouvez dire oui sans le sentiment d’avoir cédé quoi que ce soit. On n’achète pas un homme déjà rendu au marché.


Seulement, faire l’affaire et faire le travail ne sont pas le même verbe. Vous avez tenu ce poste ; vous savez ce qu’il exige — non le diplôme, non la prestance, mais ce qui ne figure sur aucun dossier : lire une marge d’un coup d’œil, conclure quand conclure est difficile, refuser le mauvais client qui vous flatte. Le jeune homme sourira, voyagera, représentera ; et dans dix-huit mois, sans bruit, le portefeuille aura saigné, et nul ne se rappellera plus par quelle porte il est entré.


L’arithmétique du non, vous la connaissez : refuser un ministre, ce n’est pas refuser un homme, c’est refuser un réseau. L’agrément qui dort sur un bureau ; le marché annoncé pour le trimestre ; l’appel qui, la prochaine fois, restera sans retour. Et ce prix-là, vous ne le payez pas seul : la maison le paie avec vous.


L’arithmétique du oui n’est pas plus douce. L’adjoint qui tenait la fonction comprendra, le jour de l’annonce, que ce n’est pas la compétence qui avance un homme sous votre toit ; il restera six mois par dignité, puis s’en ira. Et le jour, deux ans plus tard, où vous exigerez d’un cadet qu’il mérite sa place, vous entendrez votre propre voix sonner creux, et vous vous souviendrez.


Reste à voir ce que le ministre demande vraiment. Car il ne demande pas ce poste : il demande d’avoir placé son homme, de ne pas perdre la face devant celui à qui, lui, doit quelque chose. Il n’est pas un homme avide ; c’est un homme qui s’acquitte d’une dette par l’instrument le plus proche de sa main — et l’instrument le plus proche, c’est votre maison, parce que votre maison est à sa portée. Comprenez cela, et le choix cesse d’être binaire. La main qui se referme sur le oui ou sur le non perd des deux côtés ; celle qui s’ouvre à ce que l’homme cherche vraiment trouve une troisième porte.


Vous ne refusez donc pas ; on ne refuse jamais à plat. Vous rappelez. Vous proposez. Un autre poste, taillé à la mesure réelle de l’homme, où sa compétence — réelle, mais limitée — s’assoit sans dégât ; ou une mission, un mandat qui sauve la face sans commander la fonction ; ou un essai véritable, à un échelon où l’échec ne coûte rien, en disant franchement au ministre que vous ferez monter le jeune homme aussi vite qu’il fera ses preuves — ce qui honore l’homme et garde le poste. Vous donnez au ministre ce pour quoi il a appelé — un placement, une face tenue ; vous gardez ce que vous ne pouviez pas donner — la fonction.


Il arrive que cela ne suffise pas. Il arrive que ce soit ce poste-là, précisément, qu’on veuille — pour sa signature, pour son budget, pour la voiture à la porte ; et la contre-proposition tombe à plat, et vous revoici devant le non nu, et il coûte. Vous nommez l’adjoint. Et vous payez — en un appel sans retour, un marché passé à un autre, une froideur là où régnait la chaleur — un prix que vous porterez sans un mot, sans jamais pouvoir tout à fait le chiffrer.


Vous avez nommé l’adjoint. Le poste est tenu par quelqu’un capable de le tenir. Quelque chose s’est perdu — une porte, une chaleur — et vous ne saurez jamais au juste ce qu’il vous en a coûté, car les marchés qu’on n’obtient pas ne laissent pas de trace, et les désastres qu’on évite n’en laissent aucune non plus. Mais l’adjoint est resté. Et la prochaine fois que vous demanderez à un homme de mériter sa place, votre voix portera — parce que chacun, sous votre toit, se souvient du poste que vous n’avez pas donné.

 


Nommer, arbitrer, refuser sans rompre : ces décisions se prennent seul, à vingt-deux heures, sans manuel et sans témoin.


 
 
 

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