Quand le conflit ne dit pas son nom
- Stéphane AVJ Courtemanche

- 14 mai 2025
- 3 min de lecture
(The English version follows)
Le conflit diffus — et ses redirections silencieuses, jamais inoffensives
En diplomatie, surtout lorsqu’un diplomate est en poste dans un pays étranger, les conflits ne sont pas toujours visibles.Ils ne se crient pas. Ne se formalisent pas.Mais ils laissent des traces — dans le ton, dans la distance, dans les décisions reportées ou les sourires crispés.
Dans de nombreuses cultures à haute cohésion sociale, exprimer un désaccord frontalement est vu comme une agression. L’harmonie apparente est parfois une façade, destinée à préserver le lien.
Résultat : le conflit se déplace.
Il se transforme en ralentissement administratif.
Il s’exprime par des micro-retraites, des absences, des délais.
Il se redirige vers des collègues, vers « le système », ou vers soi-même, sous forme de repli.
Exemple vécu : Un diplomate propose une réforme de partenariat avec un ministère local. L’équipe nationale répond avec enthousiasme… mais n’implémente rien pendant six mois. En coulisses, des tensions non exprimées liées au contrôle du projet et au manque de reconnaissance ont gelé toute collaboration — sans qu’aucune plainte formelle ne soit formulée.
Clés d’action (pour décoder et désamorcer un conflit implicite)
1. Apprenez à identifier les marqueurs indirects de tension
Évitement de certains sujets.
Politesse excessive, qui empêche toute discussion réelle.
Réunions reportées à répétition sans justification claire.Ces signaux ne sont pas à ignorer. Ils indiquent qu’un malaise s’installe.
2. Donnez une sortie honorable au désaccord. Proposez des formulations qui permettent à l’interlocuteur de s’exprimer sans perdre la face :
« Il y a peut-être des éléments que je ne saisis pas encore. Pouvez-vous m’éclairer ? »« Si certaines parties de la proposition vous semblent délicates, on peut les ajuster ensemble. »
3. Rétablissez des alliances locales discrètes. Un partenaire de confiance à l’interne peut parfois clarifier ce qui ne vous est pas dit. Demandez-lui :
« Comment est perçue notre approche ? »« Qu’est-ce qui pourrait freiner l’adhésion de vos collègues ? »
4. Normalisez l’expression du désaccord comme un outil de collaboration. Encouragez les points de vue différents sans les associer à une opposition :
« Vos réserves sont précieuses. Elles nous aident à renforcer notre approche. »
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When Conflict Remains Unspoken — But Never Harmless
In diplomatic contexts, especially across cultures, conflict often doesn’t announce itself.It lingers. Hides in overly polite exchanges, in silence, or in delay.Unspoken conflict doesn’t disappear — it relocates.
In high-cohesion cultures, expressing disagreement can be seen as disruptive or disrespectful.So resistance takes indirect forms:
Postponed decisions.
Lack of follow-through.
Complaints that circulate privately but never reach the surface.
Real-world case: A diplomat proposes a joint project with a ministry. The team responds positively… but no progress follows. Quiet resistance emerges from internal tensions and perceived imbalances—none of which are addressed openly.
Actionable tools (to surface and transform quiet conflict)
1. Identify indirect tension markers
Key topics avoided.
Excessive formality or deferential tone.
Meetings endlessly postponed.These aren’t logistical issues—they’re emotional signals.
2. Create safe exit ramps for disagreement. Use language that allows others to disagree without losing face:
“There may be aspects I don’t fully understand yet—could you help clarify?”“If some parts of the proposal feel sensitive, we can adjust them together.”
3. Build quiet local alliances. A trusted internal counterpart may help you understand what’s not being said.Ask:
“How is our approach being perceived?”“What could be getting in the way of team support?”
4. Normalize disagreement as a tool for shared improvement. Invite different views without framing them as conflict:
“Your concerns help us improve our approach. Let’s build from them.”



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