top of page
Rechercher

Le contact et le fil

8 juil.
5 min de lecture
Prendre contact, dans l’invisible de votre cœur, avec la route qui est la vôtre

Vous cherchez quelque chose. Une réponse, une direction, une clarté ; une route qui serait la vôtre, et que vous ne trouvez pas dans le bruit des conseils. La plus ancienne des manières de la chercher porte un nom que notre époque a rétréci : la prière. Notre temps l’a réduite à ce qu’elle fait de plus bruyant — demander, réclamer, implorer —, comme pour fléchir une puissance et lui arracher une faveur. Mais sous cette prière-là s’en tient une autre, plus vieille et plus muette, qui ne demande rien : non l’invocation qui appelle, mais la prise de contact qui touche. Et c’est elle, je crois, qui vous manque — non pour obtenir ce que vous voulez, mais pour toucher ce que vous cherchez, et le suivre là où il vous mène.

------------------------

Invoquer, ou toucher

La différence entre invoquer et toucher n’est pas de degré, elle est de direction. Quand vous invoquez, vous montez et vous tendez la main vers le dehors ; vous nommez une puissance, vous la pressez, vous guettez son retour. C’est encore un poing, quoique tourné paume vers le ciel ; car il réclame, et la main qui réclame ne s’est pas ouverte. Quand vous prenez contact, vous ne fléchissez rien. Vous ne montez pas, vous descendez — dans ce lieu que l’Évangile appelait le secret, quand il vous renvoyait loin des mots de la place, dans votre chambre, porte close. Vous ne mouvez pas ce que vous touchez ; vous le touchez, et vous vous taisez. Prendre contact, ce n’est pas parler pour infléchir ; c’est vous rendre assez silencieux, assez nu, assez vide, pour qu’une présence — au-dehors, ou au plus profond de vous, nous y reviendrons — puisse enfin être éprouvée. Votre main, ici, n’est pas encore ouverte vers quelque chose ; elle est ouverte, simplement, et c’est en cela qu’elle diffère de toutes les mains tendues.

------------------------

Suivre le fil, non le filer

Mais toucher n’est qu’un premier temps, et le mot qui décide de tout est le second : suivre le fil. Vous pourriez entendre cette prise de contact comme un envoûtement — toucher la réalité que vous voulez, et la faire advenir à force de vous y accorder. C’est la contrefaçon que notre époque vend sous mille noms, la loi de l’attraction et ses avatars ; et elle échoue sur un seul mot. Vous ne filez pas ce fil vous-même ; vous le suivez. Le contact ne convoque pas le réel pour le plier à votre vœu ; il touche, puis se laisse conduire là où le fil mène — c’est-à-dire, presque toujours, là où vous n’aviez pas prévu d’aller. Filer le fil de votre propre main, ce serait resserrer le poing sur ce que vous prétendiez lâcher ; le suivre, c’est le tenir sans le tirer. Et vous retrouvez ici la loi qui vaut partout, du service à la perception : ce que vous touchez pour vous, pour l’infléchir, pour en tirer, se dérobe à l’instant où vous vous en saisissez. Le contact que vous instrumentalisez n’est plus un contact ; c’est un désir qui s’ignore.

------------------------

La réalité qui vous surprend

Je dois pourtant vous reprendre ici, car un mot pourrait tout gâter. Cette réalité que vous touchez, vous la dites recherchée ; or une réalité recherchée est déjà nommée d’avance, dessinée par votre attente. Le risque, alors, est de ne toucher que le miroir de votre propre désir, et de prendre pour une rencontre le simple retour de votre voix. Le contact le plus vrai touche une réalité qui vous surprend, qui n’est pas tout à fait celle que vous cherchiez ; et le fil, justement, ne mène jamais tout droit à ce que vous visiez — sinon il ne serait pas un fil à suivre, mais une flèche déjà décochée. Vous cherchez, sans doute ; mais consentez à ce que le contact corrige votre recherche. La vraie prise de contact n’exauce pas votre quête : elle la déplace. C’est, transposée de la perception à la prière, la distinction du germe et du désir — le germe vous mène ailleurs, le désir vous ramène à vous.

------------------------

Le foyer de vos quêtes

Vous voyez mieux, dès lors, pourquoi ce contact n’est pas une posture de plus, mais le foyer de toutes les autres. Il se distingue de l’intuition par le sens même du mouvement. Votre intuition-vigie est tournée vers le monde ; elle scrute, elle veille, elle vous dit : attention. Votre contact est tourné vers le dedans, et vers ce que vous espérez y rencontrer ; il ne vous prévient d’aucun danger, il reconnaît une présence, il vous dit : c’est cela. L’un garde, l’autre encontre. Et de ce foyer partent, comme des fils tirés d’un même nœud, les quêtes qui sont les vôtres. Votre attente n’est que le contact prolongé vers ce qui vient, les mains ouvertes devant la réponse. Votre intuition créatrice est le contact tourné vers ce qui est déjà là, le germe que vous percevez dans les interstices du présent. Votre service est le contact tourné vers celui dont vous répondez, le décentrement qui aménage sans saisir. Et vos synchronicités sont les mailles du fil que vous suivez, une fois le contact établi — le monde qui vous répond, ou que vous lisez comme répondant, quand vous vous êtes d’abord tenu dans cet état. Chacune est le contact orienté ; lui seul est votre regard avant sa direction.

------------------------

Ce qui reste dans l’ombre

Reste ce que vous touchez, et là je ne veux rien vous promettre que je ne puisse tenir. Est-ce une réalité qui vous préexiste et vous attendait, ou la configuration la plus profonde de votre propre cœur, qui se donne enfin à voir dans le silence ? Je l’ignore, et je me défie de quiconque vous l’affirme d’un ton assuré. Votre acte de contact est réel — la déprise est réelle, le silence est réel, et leurs effets se vérifient dans votre vie ; son terme, lui, demeure dans la pénombre, et n’en sortira pas. Mais vous l’avez appris, chemin faisant : cette obscurité n’est pas un manque à combler. Elle est le ciel noir où seule paraît l’étoile faible, et que vous ne pouvez fixer droit sans la voir s’éteindre. Vous ne prouvez pas ce contact ; vous le pratiquez, et vous consentez à ce que son objet reste, pour une part, tenu dans l’ombre — ni nié, ni saisi, seulement touché.

------------------------

À quoi reconnaître le fil

Une seule question demeure alors, et elle est la vôtre : quand vous aurez pris ce contact et suivi le fil, à quoi saurez-vous qu’il vous était donné, et non filé par votre propre main ? Vous connaissez déjà la réponse, car elle est la même que pour le germe et pour l’attente. Le fil qui vous est donné vous mène où vous n’auriez pas choisi d’aller ; il déplace votre quête au lieu de l’exaucer ; il vous coûte un peu de votre volonté. Et c’est à ce léger désaveu de vous-même — non à l’accord, non au confort, non à la voix qui répète ce que vous vouliez entendre — que vous reconnaîtrez le fil véritable. La plus ancienne des prières n’était donc pas une manière d’obtenir ; c’était une manière de vous rendre assez pauvre, assez attentif, assez ouvert, pour toucher ce qui est, et le suivre là où il va. Votre route est là, éminemment vôtre ; non pour que vous fléchissiez le réel, mais pour que vous lui laissiez, enfin, prendre votre main.


 
 
 

Commentaires


bottom of page